Salesforce lâche ses agents, le photovoltaïque suisse tousse dans son cloud et l’IA a un problème de vestiaire : la semaine où la tech a montré ses angles morts

Trois nouvelles, trois claques, un même fil rouge

Cette semaine, on a eu droit à un cocktail assez révélateur de l’état de la tech en 2026 : Salesforce qui étend son armée d’agents IA avec deux nouveaux venus (AIforce et Koa), le photovoltaïque suisse qui découvre que son talon d’Achille n’est pas le soleil mais le cloud de ses fabricants, et une étude qui rappelle que l’IA, quand elle grignote des jobs, ne grignote pas au hasard. Trois sujets, trois univers, mais une seule leçon : la techno, c’est jamais neutre. Il y a toujours un angle mort quelque part, et c’est souvent là que ça fait mal.

Allez, on dépile.

Salesforce passe à la vitesse supérieure sur l’agentique avec AIforce et Koa

Selon ICTjournal, Salesforce vient d’étendre sa stratégie agentique avec deux nouveaux produits : AIforce et Koa. En clair, l’éditeur continue de pousser son pion sur l’échiquier des agents IA — ces petits assistants autonomes censés exécuter des tâches métier sans qu’un humain ait besoin de cliquer frénétiquement.

Pour comprendre l’enjeu, imaginez votre CRM comme un gardien de but. Jusqu’ici, Salesforce vous donnait un très bon gardien qui attrapait les ballons (les leads, les tickets, les opportunités). Avec la stratégie agentique, on ne parle plus d’un gardien : on parle d’une équipe entière de milieux de terrain qui vont chercher le ballon, le passent, le remettent en jeu, sans attendre que vous siffliez. AIforce et Koa, ce sont deux nouveaux joueurs qui entrent sur le terrain.

Pourquoi ça compte pour une PME romande ?

Parce que l’agentique, ce n’est plus un gadget de démo. C’est en train de devenir la façon par défaut dont les plateformes CRM, ERP et data vont fonctionner d’ici 18 mois. Les boîtes qui prennent le train maintenant auront des process déjà rodés quand les concurrents en seront encore à se demander ce que « agent » veut dire. Celles qui attendent risquent de se réveiller en 2027 avec un backlog de modernisation gros comme une saison de Netflix.

Chez Smarsys, on bosse ces sujets quotidiennement : identifier les cas d’usage où un agent apporte vraiment du ROI (indice : pas partout), cadrer la gouvernance, et éviter l’effet « on branche tout et on verra bien » qui finit toujours en facture surprise.

Le photovoltaïque suisse et le cloud : la panne qui n’arrivait qu’aux autres

Deuxième dossier, et pas des moindres. ICTjournal pointe un problème structurel : les installations photovoltaïques suisses dépendent largement des clouds opérés par les fabricants d’onduleurs et de systèmes de monitoring. Et ces clouds, quand ils tombent — ou pire, quand ils sont visés par une attaque — c’est tout un pan de la production électrique décentralisée qui perd en visibilité, voire en pilotage.

C’est le genre de dépendance qu’on ne voit pas tant que ça tourne. Un peu comme votre voiture connectée : vous ne pensez jamais au serveur du constructeur, jusqu’au jour où il tombe et que vous ne pouvez plus déverrouiller les portes avec l’app.

Souveraineté : la vraie question n’est pas « où » mais « comment »

Ce dossier remet sur la table le débat de la souveraineté des données et des infrastructures. Et là, soyons honnêtes : la réponse n’est pas binaire. Choisir entre un hyperscaler (AWS, Azure, Google Cloud) et un acteur local (Infomaniak, Exoscale, un cloud sectoriel) ne se fait pas sur un dogme, mais sur un contexte. Secteur régulé ? Données critiques pour l’infrastructure nationale ? Besoins de performance et de scale ? Chaque critère pèse différemment.

La bonne question n’est pas « les Américains vont-ils lire mes données ? » (spoiler : non, ils ont d’autres soucis), mais plutôt : quelle criticité, quelle réversibilité, quelle architecture de secours ? Avoir un plan B quand le cloud du fabricant tousse, c’est de l’hygiène. Peu importe où est hébergé le plan A.

Pour une PME qui installe du photovoltaïque ou qui dépend d’équipements connectés, la vraie leçon c’est : exigez de la documentation sur la résilience. Et si votre fournisseur ne sait pas répondre, c’est déjà une réponse.

L’IA, les biais et le vestiaire déséquilibré

Troisième dossier, et pas le plus confortable. 24 Heures publie un article qui rappelle que les métiers menacés par l’automatisation IA ne sont pas répartis uniformément entre hommes et femmes. Les tâches administratives, le support client, certaines fonctions juridiques et comptables — statistiquement plus occupées par des femmes dans beaucoup d’entreprises — sont parmi les premières dans la ligne de mire des agents conversationnels et autres copilotes.

Ce n’est ni un complot ni un hasard : c’est le résultat mécanique de deux facteurs. Un, la répartition historique des métiers par genre. Deux, la nature des tâches qui s’automatisent le plus facilement (répétitives, basées sur du texte, formatées).

Pourquoi ça concerne les décideurs ?

Parce que si vous déployez de l’IA dans votre entreprise sans réfléchir à l’impact RH par population, vous risquez de créer involontairement un déséquilibre interne. Et un déséquilibre interne, ça finit toujours en problème : turnover, image employeur, conformité réglementaire (la Suisse n’a pas fini de légiférer sur l’IA au travail).

La bonne approche n’est pas de freiner l’IA, c’est de l’accompagner avec un vrai plan de requalification. Les tâches disparaissent, les compétences évoluent, les personnes restent. À condition qu’on leur donne les moyens de bouger. C’est aussi ça, la transformation digitale bien faite.

Le fil rouge de la semaine

Agentique Salesforce, cloud du photovoltaïque, biais de l’IA : trois sujets, un seul enseignement. La techno avance, mais elle avance avec ses angles morts. Les boîtes qui gagnent ne sont pas celles qui adoptent le plus vite — ce sont celles qui adoptent en voyant ce que les autres ne voient pas. L’agent qui tourne sans gouvernance, le cloud qu’on n’a jamais testé en mode dégradé, l’IA déployée sans réflexion RH : trois façons différentes de se planter avec panache.

La bonne nouvelle ? Aucun de ces angles morts n’est inévitable. Ils demandent juste qu’on prenne cinq minutes pour poser les bonnes questions avant de signer le bon de commande.

Sources

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