L’UE débloque 180 millions pour son cloud souverain : enfin un concurrent crédible ?

L’Union européenne vient de distribuer 180 millions d’euros entre quatre consortiums pour développer son fameux cloud souverain. Un peu comme si vous donniez à quatre équipes de foot le budget pour construire un stade capable de rivaliser avec le Camp Nou et Old Trafford. Sauf qu’ici, les adversaires s’appellent AWS, Azure et Google Cloud. Autant dire qu’on n’est pas dans la même division.

Le cloud souverain : l’éternel retour

Le cloud souverain, c’est un peu le Loch Ness de la tech européenne : tout le monde en parle, certains jurent l’avoir vu, mais personne n’a encore de photo nette. L’idée ? Construire une infrastructure cloud 100% européenne, où vos données restent bien au chaud entre Lisbonne et Helsinki, sans risquer de se retrouver dans un data center de Virginie.

Concrètement, l’UE vient de répartir 180 millions d’euros entre quatre consortiums. C’est à la fois beaucoup d’argent (vous pourriez vous acheter une belle villa à Genève) et pas grand-chose comparé aux dizaines de milliards qu’AWS, Microsoft et Google investissent chaque année dans leurs infrastructures. Un peu comme si vous débarquiez au Dakar avec une Twingo tuning face à des Buggy de course.

Pour qui le cloud souverain fait-il vraiment sens ?

Soyons clairs : le cloud souverain n’est pas une question de bien contre mal, d’Europe vertueuse contre Amérique diabolique. C’est une question de contexte.

Si vous êtes une banque suisse qui gère des données clients ultra-sensibles, un hôpital qui stocke des dossiers médicaux, ou une administration publique avec des informations classifiées, la question de la souveraineté n’est pas un caprice de hipster tech. C’est une vraie considération légale et stratégique. Dans ces cas-là, un cloud européen peut avoir du sens.

Mais si vous êtes une PME romande qui veut déployer un CRM Salesforce, gérer sa compta sur Microsoft 365, ou faire tourner quelques applications métier sur AWS ? Franchement, la souveraineté des données, c’est peut-être pas votre priorité numéro un. Ce qui compte, c’est la performance, la fiabilité, l’écosystème d’intégrations, et le rapport qualité-prix.

AWS ou Infomaniak : comment choisir intelligemment ?

Prenons un exemple concret. Vous hésitez entre héberger votre infrastructure sur AWS ou sur un acteur local comme Infomaniak (excellent fournisseur suisse, soit dit en passant) ?

Posez-vous les bonnes questions :

  • Quel type de données ? Des fiches produits e-commerce ou des dossiers patients ?
  • Quelles intégrations ? Votre stack utilise des services AWS natifs ou vous pourriez tourner n’importe où ?
  • Quelle scalabilité ? Vous visez 100 utilisateurs ou 100’000 ?
  • Quel budget ? Les prix sont-ils comparables pour votre use case ?
  • Quelles compétences en interne ? Votre équipe maîtrise déjà un écosystème ?

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse universelle. Il y a votre réponse, en fonction de votre contexte.

La réalité du terrain

Chez Smarsys, on travaille quotidiennement avec AWS, Azure, Google Cloud et Microsoft 365. Pourquoi ? Parce que pour 95% des PME suisses romandes, ces plateformes offrent le meilleur combo performance-fiabilité-écosystème. Et quand on implémente Salesforce (qui tourne lui-même sur l’infrastructure cloud américaine), ça n’aurait aucun sens de réinventer la roue.

Cela dit, quand un client du secteur de la santé ou une institution publique nous demande une solution avec hébergement local, on ne sort pas le drapeau américain en criant « AWS or die ! ». On évalue les options, on compare les solutions européennes crédibles, et on recommande ce qui fait sens pour ce client précis.

180 millions : un bon début ou un pansement sur une jambe de bois ?

Revenons à nos quatre consortiums européens fraîchement financés. 180 millions, c’est mieux que rien. C’est un signal politique fort. Mais pour construire une alternative crédible aux géants américains, il faudra bien plus que ça. Il faudra un écosystème complet : des développeurs formés, des certifications reconnues, des intégrations natives avec les outils business, un support technique au niveau, et surtout du temps.

Amazon n’a pas construit AWS en trois ans avec un budget de poche. Microsoft et Google non plus. On parle de décennies d’investissements massifs, d’innovations continues, et d’un effet réseau énorme.

L’Europe peut-elle rattraper ce retard ? Peut-être. Mais ça ne se fera pas avec 180 millions et quatre consortiums qui ne se parlent probablement même pas entre eux. Un peu comme si vous vouliez gagner la Champions League avec quatre clubs qui jouent chacun dans leur coin.

Conclusion : pragmatisme avant idéologie

Le cloud souverain, c’est un sujet légitime. Pour certains secteurs, certaines données, certains contextes, c’est même indispensable. Mais transformer ça en guerre de religion tech (« les américains c’est le mal ! »), c’est contre-productif et surtout déconnecté de la réalité du terrain.

La vraie question n’est pas « cloud américain ou cloud européen ? ». La vraie question c’est : quelle solution répond le mieux à MES besoins, MES contraintes, MES objectifs ?

Et parfois, la réponse sera AWS. Parfois ce sera Infomaniak. Parfois ce sera un mix des deux. L’essentiel, c’est de choisir en connaissance de cause, pas par réflexe nationaliste ou par peur du Cloud Act.

En attendant, on suivra avec intérêt ce que donneront ces 180 millions européens. Qui sait, peut-être qu’en 2030 on vous écrira un article dithyrambique sur le nouveau champion européen du cloud. Ou peut-être qu’on se demandera encore où est passé l’argent. L’avenir nous le dira.

Sources

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